
Dans un précédent article, je vous ai présenté les plantes exotiques envahissantes (PEE) ainsi que l’outil gouvernemental Sentinelle.
Nous avions alors survolé ces quelques points :
- Comprendre l’impact qu’elles ont sur les milieux qu’elles perturbent
- Voir comment elles réussissent à déséquilibrer les écosystèmes
- Reconnaître les espèces les plus présentes autour de nous, même dans nos milieux urbains.
Pour rappel, une plante exotique envahissante, c’est une plante qui :
- N’est pas indigène (elle vient d’ailleurs)
- Devient dominante dans son nouvel environnement
- Cause des dommages à l’environnement, à l’économie et/ou à la santé humaine
Aujourd’hui, sur une note plus positive, je vous propose de découvrir des gestes concrets pour limiter leur propagation, ainsi que des initiatives collectives déjà en place et qui portent leurs fruits.
Soutien gouvernemental pour la gestion des espèces exotiques envahissantes
Le gouvernement soutient plusieurs initiatives pour contrer les plantes exotiques envahissantes, dont un programme spécifique géré par la Fondation de la faune du Québec.
Ce programme finance des interventions dans des milieux naturels sensibles, particulièrement ceux présentant une forte valeur écologique. Il a pour objectifs de limiter l’introduction et la propagation de ces espèces, tout en encourageant leur gestion durable sur le territoire.
Que faire au quotidien pour limiter les espèces envahissantes
1. Prévenir la propagation des plantes exotiques envahissantes : une stratégie simple et économique
Adopter des gestes préventifs est la façon la plus efficace — et la moins coûteuse — de limiter la présence de plantes exotiques envahissantes sur votre terrain ou dans les milieux naturels que vous fréquentez.
Voici quelques pratiques à privilégier :
Misez sur les végétaux indigènes
Enrichir vos aménagements avec des arbustes et des arbres locaux, notamment en bordure de cours d’eau, réduit les risques d’invasion. Les plantes exotiques envahissantes s’installent plus facilement dans les zones dégarnies. Méfiez-vous lors de l’achat ou de la transplantation des espèces exotiques, qui pourraient s’avérer envahissantes sans que vous le sachiez.
Réduisez les apports en nutriments
Les milieux surchargés en phosphore et en azote — souvent dus aux engrais, aux fosses septiques saturées, aux déjections animales ou à l’érosion — favorisent la croissance des plantes exotiques envahissantes. Limiter ces apports contribue à freiner leur expansion.
Favorisez la compétition végétale
Certaines espèces indigènes comme le cornouiller stolonifère, l’aulne rugueux, le saule discolore, le saule de l’intérieur ou le sureau du Canada forment des massifs denses qui bloquent l’accès à la lumière et à l’espace, freinant ainsi l’installation de plantes exotiques envahissantes comme la renouée du Japon.
Gérez vos résidus végétaux avec soin
Ne jetez jamais vos déchets verts dans la nature. Ils peuvent contenir des fragments ou des semences de plantes exotiques envahissantes et contribuer à leur dispersion.
Nettoyez votre matériel nautique
Avant et après chaque sortie, inspectez et nettoyez votre embarcation et votre équipement pour éviter le transport involontaire de plantes exotiques envahissantes d’un plan d’eau à l’autre.
2. Intervenir avant que l’invasion ne s’installe
Repérer rapidement les plantes exotiques envahissantes permet d’agir à un stade où leur élimination est encore réalisable et peu coûteuse.
Que faire si vous repérez une plante exotique envahissante?
- Signalez-la aux autorités compétentes via l’application Sentinelle, conçue pour faciliter le suivi des espèces envahissantes.
- Si elle pousse sur votre terrain, renseignez-vous sur les méthodes de contrôle ou d’éradication adaptées à votre situation, afin de limiter sa propagation et surtout passez à l'action. Continuer la lecture; plusieurs trucs seront décrits plus bas.
3. Éradiquer les plantes envahissantes : intervenir dès que possible
L’élimination d’une plante exotique envahissante est possible lorsque la colonie est encore limitée en superficie et que les ressources — financières, humaines ou techniques — sont disponibles. Il existe plusieurs méthodes pour y parvenir, dont l’efficacité varie selon le type de plante, le milieu touché et le moment de l’intervention.
Voici 4 approches pour contrôler les espèces exotiques envahissantes :
Différentes stratégies peuvent être mises en œuvre pour limiter ou éliminer les populations d’espèces exotiques envahissantes.
Voici les principales méthodes utilisées au Canada, avec quelques exemples d’application :
Intervention physique
Cette méthode consiste à retirer les espèces envahissantes par des moyens manuels ou mécaniques, à retourner les sols ou à effectuer des brûlages. Par exemple, certaines plantes envahissantes sont brûlées pour favoriser le retour de prairies indigènes. Mais cette méthode est rarement utilisée car elle est très risquée.
Intervention chimique
Des produits comme les herbicides, fongicides ou autres substances chimiques sont utilisés pour cibler directement les espèces envahissantes ou perturber leur reproduction. Bien que cette méthode ait été couramment employée par le passé, elle est aujourd’hui utilisée avec plus de prudence en raison de ses effets potentiels sur les espèces non ciblées et sur la santé humaine.
Intervention biologique
Cette approche repose sur l’introduction d’organismes vivants — prédateurs, parasites ou agents pathogènes — qui limitent la croissance des espèces envahissantes. Au Canada, des insectes herbivores ou des parasites spécifiques ont été introduits pour freiner la propagation de plantes comme l’euphorbe ésule, la salicaire pourpre ou encore la spongieuse.
Intervention intégrée
La lutte intégrée combine plusieurs méthodes : interventions physiques ou biologiques, modification des pratiques d’aménagement du territoire, restauration des habitats et mesures préventives. Parcs Canada, par exemple, utilise une combinaison de techniques pour préserver la santé écologique de ses parcs nationaux.
Source de l'image : http://obv-ca.org/
Intervention physique, arrachage Berce du Caucase
4. Confiner les colonies pour freiner leur progression
En plus des mesures préventives, il est possible de limiter l’expansion d’une plante exotique envahissante en créant une barrière végétale autour de la colonie. La plantation d’arbustes et d’arbres indigènes est particulièrement efficace pour cette stratégie.
Il est recommandé de disposer 2 à 3 rangées d’arbustes en périphérie, à une densité d’environ 2 à 3 plants par mètre carré. Les espèces choisies devraient idéalement atteindre une hauteur égale ou supérieure à celle de la plante exotique envahissante à maturité.
Quelques végétaux indigènes sont adaptés à cette approche, les voici :
- Cornouiller stolonifère
- Aulne rugueux
- Aulne crispé
- Saule discolore
- Saule des rivières
- Saule à tête laineuse
- Sureau du Canada
Une autre méthode complémentaire consiste à couper régulièrement les tiges de la plante envahissante à l’aide d’un sécateur, d’une tondeuse ou d’un tracteur à gazon. Cette pratique affaiblit la plante en réduisant ses réserves d’énergie et en empêchant la production de graines. Pour être efficace, elle doit être répétée avec rigueur pendant plusieurs années.
Attention à la gestion des résidus
Il est recommandé de ne pas laisser les débris végétaux dans la nature. La méthode la plus sécuritaire consiste à les placer dans des sacs de plastique noirs et résistants, à les exposer au soleil pendant quelques semaines, puis à les jeter avec les déchets domestiques. Cette technique est notamment utilisée pour contrôler la renouée du Japon et le roseau commun.
Voici un aperçu des principales approches utilisées au Québec et ailleurs :
Tonte et coupe répétée
La coupe régulière est une méthode simple mais exigeante. Il faut intervenir au moins une fois par mois pendant plusieurs années (souvent 5 ans ou plus). Une seule coupe stimule la plante au lieu de l’affaiblir. C’est la répétition qui permet d’épuiser les rhizomes et de freiner la colonie.
Creusage ciblé
Pour les jeunes plants ou les colonies de petite taille, le retrait complet du système racinaire peut être efficace. Après le creusage, il est recommandé de replanter des espèces indigènes à croissance rapide pour éviter que d’autres envahissantes ne colonisent le sol mis à nu.
Excavation en profondeur
Dans les cas plus étendus, l’excavation avec machinerie lourde peut être envisagée. On creuse jusqu’à 2 mètres de profondeur — parfois plus — pour retirer les rhizomes, qui s’étendent bien au-delà des tiges visibles. La terre contaminée doit ensuite être traitée comme sol à risque. Cette méthode est coûteuse, mais elle peut être efficace pour les colonies moyennes à grandes, à condition de restaurer le site par la suite.
Bâchage thermique
Recouvrir la colonie avec une bâche opaque (géotextile, géomembrane, toile en polyéthylène) empêche la lumière d’atteindre le sol et chauffe les racines en surface. Avant de poser la bâche, il faut tondre ou tailler la plante. La bâche doit dépasser les limites de la colonie et être bien fixée pour éviter les repousses. Ce traitement doit rester en place plusieurs années et nécessite une surveillance régulière. Attention : cette méthode est inefficace en zone ombragée.
Compétition végétale
Planter des espèces indigènes robustes comme le saule, le chèvrefeuille ou le sumac vinaigrier peut créer une compétition pour les ressources (lumière, eau, nutriments). Le processus s’étale sur plusieurs années :
- Fauchage mensuel et arrachage intensif pendant les 2 premières années
- Plantation à l’automne la 2e année
- Coupes de dégagement les années suivantes
- L’ajout d’une bâche avant la plantation peut améliorer les résultats, sauf en bordure de cours d’eau où elle est fortement déconseillée.
La berce du Caucase : une plante envahissante dangereuse à proximité de chez vous?
Voici comment la reconnaître et s’en débarrasser efficacement.
La berce du Caucase est une espèce exotique envahissante qui représente un risque pour la santé humaine et les milieux naturels. Sa sève peut provoquer de graves brûlures cutanées lorsqu’elle est exposée au soleil, et sa croissance rapide menace la biodiversité locale. Si vous pensez en avoir repéré une, il faut bien l’identifier et agir avec prudence.
Comment reconnaître la berce du Caucase?
- Taille impressionnante : elle peut atteindre jusqu’à 5 mètres de hauteur.
- Feuilles larges et découpées : souvent de plus d’un mètre de diamètre.
- Fleurs blanches en ombelles : semblables à celles de la carotte sauvage, mais beaucoup plus grandes.
- Tige épaisse et tachetée : souvent pourvue de poils rigides et de taches pourpres.
Que faire si vous en trouvez?
- Ne touchez pas la plante à mains nues. Portez des vêtements longs, des gants et des lunettes de protection.
- Évitez de la couper ou de la tondre sans protection. Cela peut projeter de la sève et aggraver les risques.
- Signalez sa présence aux autorités locales ou via des plateformes comme Sentinelle.
- Intervention professionnelle recommandée : pour les colonies importantes ou en zone publique, faites appel à des spécialistes en gestion des espèces envahissantes.
Après l’intervention
- Nettoyez soigneusement les outils et vêtements utilisés.
- Surveillez la zone pendant plusieurs années pour éviter la repousse.
- Replantez des espèces indigènes pour stabiliser le sol et limiter les réinvasions.
Reconnaître et gérer les PEE : guide de la Ville de Québec disponible en ligne
Le site de la Ville de Québec propose une ressource précieuse pour mieux comprendre et gérer les plantes exotiques envahissantes.
Elle met à la disposition des citoyens une page dédiée aux plantes nuisibles et dangereuses, accessible. Ce site regroupe des informations claires et utiles sur sept espèces exotiques envahissantes présentes sur son territoire :
- Berce du Caucase
- Herbe à la puce
- Herbe à poux
- Myriophylle à épis
- Phragmite exotique
- Renouée du Japon
- Panais sauvage
Chaque fiche décrit les caractéristiques de la plante, les risques qu’elle pose pour la santé ou l’environnement, et les méthodes recommandées pour s’en débarrasser. On y apprend notamment que certaines espèces ne doivent jamais être compostées ni jetées dans la nature, mais plutôt placées dans des sacs à ordures robustes et éliminées avec les déchets domestiques — c’est le cas, par exemple, de la berce du Caucase, du panais sauvage et de la renouée du Japon.
Le site propose aussi des définitions claires pour distinguer les plantes indigènes des espèces exotiques envahissantes, et rappelle que le contrôle de ces plantes repose sur la collaboration de tous les citoyens.
Des initiatives locales pour freiner les plantes envahissantes : ensemble, c’est possible
L’éradication des plantes exotiques envahissantes est un défi de taille, mais plusieurs organismes au Québec démontrent qu’avec des efforts concertés, des résultats concrets sont possibles. Voici quelques exemples inspirants de stratégies mises en place sur le terrain :
Programme « J’en arrache » – Capitale-Nationale
Depuis 2017, le Conseil régional de l’environnement de la Capitale-Nationale pilote le programme « J’en arrache », visant à protéger les milieux naturels et les parcs urbains contre la propagation des PEE. Ce programme combine sensibilisation, interventions ciblées et renaturalisation. Au Domaine de Maizerets, par exemple, les équipes arrachent la renouée du Japon et replantent des espèces indigènes pour créer une compétition végétale durable.
Offensive régionale contre la berce du Caucase – Chaudière-Appalaches
Neuf organismes de bassins versants (OBV) de la région unissent leurs forces pour lutter contre la berce du Caucase. Leur approche inclut :
- La création d’un portrait régional et d’une base de données
- Des campagnes de communication et des formations
- Des actions de contrôle, d’éradication et de suivi
Outils et pratiques au Bas-Saint-Laurent
Les OBV du Bas-Saint-Laurent développent des outils concrets pour lutter contre certaines PEE. Ils ont également développé d'autres outils tels que des étapes de réalisation que vous pouvez consulter ici. Deux vidéos illustrent leurs méthodes et leurs interventions sur le terrain.
Cette vidéo vous présente les informations sur la renouée du Japon et le roseau commun, 2 espèces exotiques envahissantes.
Cette vidéo vous présente des informations sur la berce du Caucase et le sphondyle, 2 espèces exotiques envahissantes.
Parcs Canada en action pour protéger un marais exceptionnel et menacé
Parcs Canada s’implique activement dans la lutte contre les espèces exotiques envahissantes, notamment dans le parc national de la Pointe-Pelée, situé dans le sud de l’Ontario. Ce site abrite l’un des derniers grands marais du réseau des Grands Lacs, reconnu comme une zone humide d’importance internationale selon la Convention de Ramsar, en raison de sa biodiversité exceptionnelle et de ses fonctions écologiques vitales.
Dans cette vidéo (en anglais, avec sous-titres en français) sont présentées les interventions réalisées sur le terrain et les stratégies mises en place pour restaurer cet écosystème fragile.
Des interventions ciblées pour protéger les milieux naturels de Charlevoix
Le comité ZIP Saguenay–Charlevoix est activement engagé dans la lutte contre les espèces exotiques envahissantes, notamment à travers des projets menés à l’Île aux Coudres et dans le marais de Saint-Joseph-de-la-Rive.
Conclusion
L’enjeu est trop important pour rester les bras croisés. Pour faire une réelle différence, il faut apprendre à reconnaître les espèces exotiques envahissantes, comprendre leur mode d’action et rester vigilant face à leur présence. C’est en développant cette connaissance que nous pouvons poser les bons gestes, sur notre terrain et dans notre communauté.
Chaque action compte — pour la santé de notre biodiversité, pour la résilience de nos milieux naturels, et pour l’avenir de notre environnement.
Le gouvernement du Québec vient de proposer un nouveau règlement visant la prohibition de la culture et la vente de 31 espèces végétales exotiques envahissantes afin de mieux protéger nos écosystèmes naturels.
En tant que citoyens et acteurs – paysagistes, horticulteurs ou simples amateurs de jardins – nous avons tous un rôle à jouer : choisir des plantes locales, résister à l’introduction de variétés potentiellement invasives et rester informés sur les mesures en cours.
Pour en savoir plus, voici des liens d’informations (mis à jour le 3 novembre 2025) :
Gazette officielle du Québec, 22 octobre 2025
Projet de règlement sur les espèces floristiques exotiques envahissantes
Marie-Joëlle Saucier, Paysagiste-Conseil









