La neige est arrivée rapidement cet automne, n’est-ce pas? Chaque année, nous savons que ce cycle se répète, mais j’ai remarqué qu’il existe en réalité 3 types d’automne. Parfois, c’est un automne magnifique, où les couleurs s’étirent longtemps et où l’air reste doux. D’autres fois, c’est un automne « correct », ni trop long ni trop court, qui nous laisse le temps de nous organiser. Et puis, il y a ces automnes plus abrupts, où le froid s’installe d’un coup et où l’on a l’impression que la saison nous échappe. Cette année, nous sommes clairement dans cette troisième catégorie.

En observant le rythme des saisons, j’ai constaté qu’il existe une sorte de cycle sur 3 ans. 

  1. Une année tardive, où l’automne s’étire et nous donne l’impression d’avoir tout le temps du monde. 
  2. Une année « normale », où les choses se déroulent comme on s’y attend. 
  3. Et une année hâtive, où l’hiver frappe à la porte avant même que nous ayons eu le temps de nous préparer. Ça nous rappelle à quel point la nature suit ses propres règles, indépendamment de nos agendas.

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30 octobre 2025

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11 novembre 2025

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30 octobre 2025

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11 novembre 2025

Alors, aviez-vous terminé de préparer votre terrain avant l’arrivée de la neige?

Certains ont certainement réussi à tout mettre en ordre, d’autres ont été surpris par la rapidité du changement, et plusieurs ont simplement décidé de lâcher prise devant le froid et la neige. Mais si je vous disais que ce n’est pas grave? Il existe une autre façon de voir les choses, une approche qui permet de transformer cette contrainte en opportunité.

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30 octobre 2025

Après

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13 novembre 2025

Fermer son terrain à l’automne : et si la nature faisait le travail?

Chaque automne, la même question revient : comment bien fermer le terrain avant l’hiver? 

Pendant longtemps, la réponse semblait évidente : tout nettoyer, couper, arracher, puis recommencer au printemps. Ensuite, tout l’été durant, on ajoute du compost, du paillage et de l’engrais. Et on répétait la même chose l’année suivante….

Mais une nouvelle approche s’impose peu à peu. 

Plutôt que de lutter contre les cycles naturels, pourquoi ne pas travailler avec eux? 

Laisser la nature participer au processus, c’est alléger nos efforts, préserver la biodiversité et préparer un printemps plus riche et plus vivant.

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7 novembre 2025

Après

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11 novembre 2025

Pourquoi devrait-on changer nos habitudes?

Selon la tradition, on croit que pour avoir de belles plates-bandes il faut absolument : 

  • Ramasser toutes les feuilles mortes pour éviter qu’elles « étouffent » le gazon ou les plantes. 
  • Couper toutes les tiges et fleurs fanées pour avoir un jardin « propre ». 
  • Tailler les vivaces au ras du sol pour préparer la repousse au printemps. 
  • Retirer les annuelles et les plantes mortes pour libérer l’espace. 
  • Appliquer du compost ou des engrais chimiques pour enrichir le sol.
  • Ramasser et jeter les branches et débris pour un aspect « impeccable ».
  • Mettre les feuilles au chemin plutôt que de les utiliser comme paillis.

Ces gestes, souvent motivés par l’idée d’un jardin « propre et prêt » pour l’hiver, vont pourtant à l’encontre des cycles naturels et nuisent à la biodiversité. 

La bonne nouvelle? Si vous n’avez pas eu le temps de les faire, c’est parfait!

La nature peut accomplir ce travail pour vous. Les feuilles et tiges laissées au sol :

  • Protègent la terre contre le froid et l’érosion.
  • Nourrissent le sol en se décomposant.
  • Offrent des abris à la microfaune et aux insectes.
  • Servent de refuge et de nourriture aux oiseaux.
  • Favorisent l’accumulation de neige autour des plantes, créant un couvert protecteur naturel.

Changer nos habitudes, c’est accepter que notre aménagement extérieur ne soit pas « impeccable » selon les standards traditionnels que nous avons connus, mais qu’il soit vivant, riche et en harmonie avec son environnement. C’est une façon simple et efficace de travailler avec la nature plutôt que contre elle, tout en gagnant du temps et en favorisant un printemps plus florissant.

Abris pour les insectes sous les feuilles et les oiseaux dans le conifère

Le feuillage laissé sur place procure une protection pour le sol et les plantes en dormance et permet à la neige de s'accumuler. 

Nourriture pour tous

Nourriture pour tous

Abri, couvert protecteur et nourriture

Nourriture pour les oiseaux et les insectes, dans les branches de vignes. Abri pour les insectes dans le creux des branches sèches.

Pourquoi ces gestes ne sont plus indispensables?

Ramasser toutes les feuilles

Les feuilles laissées au sol protègent et nourrissent la terre. Elles conservent l’humidité, limitent l’érosion et favorisent la vie microbienne. Les enlever, c’est exposer le sol, l’appauvrir et réduire sa vitalité. 

Vous vous souvenez de l’importance de la vie microbienne pour un sol en bonne santé? J’ai plusieurs articles sur mon site à ce sujet; je vous invite à lire celui-ci en particulier : Des pelouses de rêve ou des sols en détresse? Démystifions la pelouse parfaite.

Couper toutes les tiges et fleurs fanées

Les tiges et fleurs fanées servent d’abri aux insectes et aux pollinisateurs. Les couper trop tôt, c’est priver la biodiversité de refuges essentiels et menacer certains insectes bénéfiques.

Tailler les vivaces au ras du sol

Les vivaces laissées en place protègent la plante et retiennent la neige, qui agit comme une couverture naturelle. Les tailler trop bas entraîne du stress pour la plante et une perte de matière organique précieuse.

Retirer les annuelles et les plantes mortes

Même en fin de vie, ces plantes continuent de nourrir le sol et d’offrir des abris. Les retirer, c’est réduire l’apport de nutriments naturels et appauvrir l’écosystème.

Appliquer des engrais chimiques

La décomposition naturelle des végétaux suffit à enrichir le sol. Les engrais chimiques, eux, provoquent souvent pollution et déséquilibre, nuisant à la santé globale du jardin.

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7 novembre 2025

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13 novembre 2025

Fermer son terrain autrement : 5 gestes simples pour travailler avec la nature

1. Désherbage sans taille

Même si vous choisissez de laisser vos plantes intactes, le désherbage reste une étape possible et utile. Profitez de la période de dormance pour retirer les mauvaises herbes, même celles qui se cachent au cœur des vivaces. En octobre, je prends toujours le temps de faire une dernière tournée pour enlever les indésirables… sans tailler mes plantes au sol. Cela permet de garder les bénéfices des tiges et feuilles en place, tout en limitant la propagation des plantes indésirables.

2. Repenser la notion de propreté

La « propreté » dans un jardin est avant tout une perception culturelle. Elle influence notre rapport à la nature, mais est-elle vraiment nécessaire? Et si, au lieu de chercher à contrôler chaque détail, nous apprenions à voir la nature comme une alliée? Un jardin vivant, où les plantes et les débris jouent leur rôle, est souvent plus sain, plus équilibré et plus résilient face aux changements climatiques et autres aléas de Dame Nature.

3. Engrais et compost

Un petit coup de pouce peut parfois être nécessaire durant la saison. L’engrais agit comme une vitamine pour les plantes les plus exigeantes. Le compost, quant à lui, est idéal pour les sols pauvres, argileux ou sablonneux : il constitue un repas complet qui s’ajoute aux nutriments déjà apportés par la décomposition des feuilles. Utilisé de manière réfléchie et stratégique, il enrichit le sol sans nuire à son équilibre naturel.

4. Feuillage et paillis

Les feuilles mortes et le paillis sont de précieux alliés pour améliorer la structure du sol. Ils contribuent à le décompacter et à maintenir son humidité. Dans les zones très compactées, un passage léger avec une grelinette ou une fourche suffit à ajouter de l’air et à accélérer le processus de décomposition. Ce geste simple favorise la vie microbienne et prépare le terrain pour un printemps plus fertile.

5. Débris au sol

Les débris végétaux laissés au sol se décomposent naturellement et agissent comme un paillis organique. Si leur aspect vous dérange, il suffit de les couper en petits morceaux ou de les dissimuler sous le feuillage des vivaces ou au fond de la plate-bande. C’est une solution simple et efficace qui permet de profiter des bienfaits de la matière organique tout en gardant un aménagement esthétique.

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30 octobre 2025

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13 novembre 2025

Ce que vous pouvez faire dès maintenant (et même sous la neige)

Même si l’hiver s’est installé rapidement, il n’est pas trop tard pour agir. Le jardin n’a pas besoin d’être parfaitement rangé pour rester en bonne santé. Au contraire, ce qui peut sembler du « laisser-aller » est en réalité bénéfique. Voici quelques gestes simples à poser dès maintenant :

  • Ne vous inquiétez pas si votre terrain n’est pas parfaitement « propre » : ce désordre apparent est en réalité bénéfique pour le jardin.
  • Prenez le temps d’observer la vie qui s’y cache : oiseaux, insectes, petites traces dans la neige… votre terrain reste vivant même en hiver.
  • Préparez le printemps autrement : en adoptant une méthode naturelle, vous réduirez l’entretien tout en favorisant la biodiversité.

Maintenant que vous êtes convaincu des bienfaits d’une approche plus naturelle, voici 5 gestes faciles à intégrer pour fermer votre terrain tout en respectant l’environnement :

  1. Laissez les feuilles au sol : si nécessaire, passez la tondeuse pour les déchiqueter et faciliter leur décomposition.
  2. Ne coupez pas toutes les tiges et fleurs fanées : elles sont utiles comme abris et ajoutent une touche décorative inattendue.
  3. Ajoutez du paillis naturel au besoin : feuilles, copeaux de bois ou même la dernière tonte de pelouse.
  4. Évitez les engrais chimiques : la nature enrichit le sol par elle-même, sans produits artificiels.
  5. Observez la vie dans votre jardin : profitez des oiseaux et des insectes qui y trouvent refuge durant l’hiver.

Adopter ces gestes, c’est choisir la simplicité et la durabilité. Les bénéfices sont nombreux et concrets :

  • Moins d’entretien au quotidien.
  • Plus de biodiversité, même en saison froide.
  • Un sol plus riche, sans effort supplémentaire ni dépenses inutiles.

Nous sommes le 7 novembre 2025. Les oiseaux profitent encore de mon terrain, on entend « cuicui » dans la vidéo. Une petite tournée du terrain pour montrer qu'il y a encore plein de feuilles au sol. Si vous comparez juste le sceau de Salomon entre la vidéo de fin octobre et celle du 7 novembre, regardez… (la vidéo tournée à la fin octobre qui se trouve plus bas dans cet article). 

La nature est quand même très jolie, même si la neige a écrasé beaucoup de plantes. Il y a encore des feuilles dans certains arbres et des plantes feuillues. Le tout va se transformer tranquillement, comme la nature sait si bien le faire.

Prêt.e à changer vos habitudes?

Vous avez envie de modifier votre façon de faire, mais vous ne savez pas par où commencer? 

Il n’est pas toujours évident de passer du réflexe « tout nettoyer » à l’idée de « tout laisser aller ». Je comprends très bien, car j’ai moi-même traversé cette étape. Pendant longtemps, j’incarnais et enseigné le nettoyage parfait : enlever le chaume, arracher les mauvaises herbes, préparer le terrain pour l’hiver et obtenir une plate-bande d’apparence impeccable. Puis, peu à peu, j’ai amorcé une transition. En avançant progressivement, j’ai appris à lâcher prise et à faire confiance aux cycles naturels.

Pour vous aider à franchir ce pas, voici quelques suggestions de plantes que vous pouvez laisser en place sans nuire à l’esthétique de vos plates-bandes : aster, hosta, géranium, hémérocalle, coréopsis, sceau de Salomon, rudbeckia, iris, houttuynia, achillée, brunnera, dianthus et dicentra. Ces vivaces disparaissent presque complètement au printemps, laissant place à de nouvelles pousses.

Visite chez moi à la fin octobre pour vous montrer à quoi ressemble un terrain où aucun travail de fermeture n’a été fait. Inspiré de la nature et de la permaculture. Pour aider le sol de mes plates-bandes, je laisse tout en place pour se décomposer. Je fais quand même un bon nettoyage en arrachant les plantes indésirables, mais je laisse le reste tel quel et les plantes servent de décoration, d’abri et de nourriture pour oiseaux et insectes. Tout est encore décoratif en cette fin d'octobre : de belles couleurs dans les différents feuillages, quelques fleurs encore présentes, des petits fruits décoratifs et les cœurs des fleurs qu’on appelle les capitules. À partir de 5 minutes 58 secondes, je vous explique quelques trucs pour progressivement changer nos habitudes : par quelles plantes commencer, car certaines se décomposent plus vite que d’autres.

Attention : certaines plantes se ressèment facilement. Si vous ne souhaitez pas être envahi, coupez les tiges florales une fois qu’elles sont montées en graines. Le hosta, le lupin et bien d’autres se contrôlent très bien de cette façon.

Pour d’autres vivaces, la taille au printemps est préférable. Elle permet aux feuilles de se décomposer naturellement et d’enrichir le sol. Vous n’aurez alors qu’à couper les parties plus robustes qui se décomposent lentement, comme le miscanthus, la ligularia, la chelone ou l’aruncus.

Et qu’en est-il des arbustes? 

La taille ne devrait se faire que si vous avez un objectif précis. Sinon, ils n’en ont pas besoin. Dans mes vidéos, je montre parfois comment je taille mes arbustes pour leur donner une belle structure. Une fois cette base établie, je les laisse évoluer librement. Cette structure met en valeur l’aménagement paysager et permet au jardin de se développer naturellement, tel que je l’avais imaginé.

Si vous n’avez pas tout nettoyé avant l’arrivée de la neige, félicitations! Vous avez déjà commencé à travailler avec la nature. Ce printemps, vous n’aurez qu’à la laisser poursuivre son œuvre pour vous.

Plutôt que de tout remettre à neuf, prenez le temps d’observer, d’apprendre et de profiter d’un jardin qui s’épanouit naturellement. Chaque geste de retenue favorise la biodiversité et transforme votre terrain en un espace vivant, riche et résilient.

Ensemble, faisons de nos jardins de véritables refuges pour la biodiversité et des lieux où la nature peut s’exprimer librement.

Marie-Joëlle Saucier, Paysagiste-Conseil